« Soul Makossa » de Manu Dibango : une face B devenue un tube

Manu Dibango, c’était « le parrain camerounais », « Papa Manu » ou encore « Le Doyen ». L’inventeur de la World Music, la légende de l’afro-jazz, nous a quittés à l’âge de 86 ans, le 24 mars 2020, des suites de la Covid-19. Fort d’une quarantaine d’albums et d’une carrière planétaire, on retiendra de lui l’album « Wakafrica » en 1994, somptueuse réunification musicale du continent africain, et l’immense tube « Soul Makossa »… entre autres. Découvrez l’histoire de cette chanson, plagiée par un certain… Mickaël Jackson ! Un tube qui aurait pu passer totalement inaperçu, planqué sur une Face B d’un hymne de foot en 1972.

Le saviez-vous ? Soul Makossa, des terrains de foot aux tournées planétaires

📌 Le saviez-vous ?🤔

1972, 8e Coupe d’Afrique des Nations à Yaoundé. Manu Dibango propose de composer un hymne pour l’événement footballistique de la décennie : la première coupe d’Afrique des Nations organisée au Cameroun. Il enregistre une galette rapidement, avec une face A : l’hymne de football, et une face B.

⚽ Manque de chance, l’équipe nationale est éliminée de la compétition en demi-finale par le Congo. Les « Diables rouges « remporteront la Coupe des Nations cette année-là, pour la petite anecdote. Drame national, les camerounais ne veulent plus entendre parler du disque ! Exit l’hymne de foot, la face A et la face B, Manu Dibango remballe sa galette! Et pourtant, une pépite dort sur la face B du disque : c’est « Soul Makossa ».

De retour à Paris, le musicien convaincu de la qualité du titre, décide de l’enregistrer « pour de vrai » en studio. Des touristes afro-américains en visite à Paris entendent le titre, et l’emportent dans leurs bagages direction Big Apple. Il est joué au « Loft », une boîte de nuit branchée de New-York, passe en radio rapidement et devient le tube de Brooklyn. Il est diffusé dans tous les Etats-Unis et commence sa carrière planétaire en 1973.

« Mamako mamassa » : du javanais de Douala

Manu Dibango en parlait si bien, de son « Soul Makossa ». D’où vient cet titre? Le makossa est un style musical du Cameroun issu de la culture doula, auquel « Papa Manu » a rajouté sa patte, le « soul ».

OK, la musique est composée, il y ajoute un arrangement soul dessus, qu’il va logiquement baptiser « soul makossa ». Les paroles maintenant : que faire d’original? L’idée est venue au musicien de reprendre un jeu d’enfant : le jeu de mots de la javanaise, où les enfants rajoutent des mots dans une phrase. Manu Dibango transpose l’idée dans le mot « Makossa » et joue avec :  » Mamako mamassa…. C’était parti : « Mama ko mama Sa maka makoosa… Mama ko mama Sa maka makoosa » : du javanais de Douana, une histoire de mots d’enfants et un tube planétaire !

« Soul Makossa » devient le plus gros tube africain de tous les temps

Signé aux Etats-Unis, Manu Dibango se fait connaître partout dans le monde. Plus tard, au début des années 80, Mickaël Jackson sort sa bombe « Thriller ». Dans l’album, le titre  » Wanna be startin’ something » paru en 1983. Et qu’est-ce qu’on découvre ? La chanson est un superbe plagiat de l’oeuvre de Dibango !

On retrouve dans la chanson le fameux gimmick « Mama ko mama Sa maka makoosa… Mama ko mama Sa maka makoosa ». Le jeune Mickaël semble avoir la mémoire qui flanche… Oups… et Manu Dibango l’attaque pour plagiat. Le roi de la pop prétexte un chant traditionnel camerounais, mais c’est bien l’oeuvre de Dibango qui est plagiée. Un accord financier est trouvé entre les deux artistes via les avocats.

📌 L’histoire n’est pas terminée, puisqu’en 2009, la belle Rihanna reprend le gimmick, persuadée qu’il s’agit d’un bon vieux Jackson. Elle aurait, de bonne foi, demandé l’autorisation à Sony, la maison de disques de Mickaël Jackson pour utiliser une partie du titre. Personne (c’est bête!) ne lui aurait dit que le roi de la pop avait pompé sur Dibango ! Donc, re-avocats… pour, selon les proches de Manu Dibango, ne rien tirer financièrement de cette seconde histoire de plagiat.

Manu Dibango, outre les procès, s’est toutefois dit « flatté » qu’on reprenne son morceau, une sorte de reconnaissance. Il aurait juste souhaité qu’on lui demande l’autorisation avant. Eh! oui, le droit d’auteur, c’est pas fait pour les pangolins!

Manu Dibango, c’est 60 ans de carrière d’un multi-instrumentiste surdoué

Ne restez pas sur  » Soul Makoussa », et découvrez l’oeuvre entière de cet immense musicien!

Ecoutez l’album « Wakafrica » , paru en 1994 🎷

Ce projet a vu le jour en 1992 à l’initiative de Yves Bigot, actuel directeur général de TV5 Monde et ancien producteur de musique. Des ténors comme Youssou N’Dour participent à l’album. Peter Gabriel y est invité pour partager le titre « Biko » avec Manu Dibango. Biko est une chanson de protestation anti-apartheid. Steve Biko était un activiste anti-apartheid, torturé par le régime du même nom. Leader du Mouvement de la Conscience Noire, il meurt le 12 septembre 1977 en prison d’une mort « suspecte ».


Makossa Man s’en est allé. Le multi-instrumentiste jouait du saxo, de la mandoline. Il était aussi joueur de balafon et de marimba. Chanteur, arrangeur, chef d’orchestre, il avait fait une tournée l’an dernier célébrant ses soixante ans de carrière.

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